Lettre de Cioran à Friedgard Thoma

1

min

Vous êtes devenue le centre de ma vie.

Emil Cioran (1911-1995) n’est pas uniquement ce philosophe du désespoir cynique et grinçant dont le scepticisme constituait le point névralgique du travail : il succombe également au coup de foudre, à une passion inattendue à l’âge de 70 ans. Friedgard Thoma, jeune femme de 35 ans et professeur de philosophie, lui écrit en allemand pour lui dire toute l’admiration qu’elle a pour ses œuvres. S’en suit une correspondance enflammée et une relation de quatre mois, faisant succomber Cioran à la « tentation d’exister »…

A-A+

17 juillet 1981

Vous êtes devenue le centre de ma vie, la déesse d’un homme qui ne croit en rien, le plus grand bonheur et le plus grand malheur qui me soient arrivés…

Après avoir, pendant de nombreuses années, parlé avec sarcasmes de ces… choses comme l’amour (et autres notions similaires), je devrais d’une certaine façon être puni, et je le suis, mais cela n’a pas d’importance. L’échec est mon mot d’ordre. Toutefois, il me reste une possibilité : vous êtes encline à vivre de façon marginale, même si ce n’est qu’un peu, mais cette réserve signifie déjà beaucoup — du moins à mes yeux.

Je me considère comme un marginal, et intérieurement, je réagirais comme tel même si j’étais traduit dans toutes les langues du monde, y compris celle des cannibales.

( Friedgard Thoma, Per Nulla al Mondo, p. 67 )
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

La recommandation de la rédaction :

Lettre de Frida Kahlo à Diego Rivera : « Mon corps te voudrait. »

Lettre d’Auguste Rodin à Camille Claudel : « Je t’aime avec fureur. »

Lettre de Verlaine à Rimbaud : « Veux-tu que je t’embrasse en crevant ? »

les articles similaires :

  1. fschwalek@hotmail.fr

    Il semble impossible d’échapper à sa nature humaine : même Cioran, désespéré de tout, cède à la tentation du bonheur. Il se laisse emporter dans le tourbillon de la passion. Une sorte de dernier tour de manège dans le train fantôme des émotions.

  2. abraspougloria@gmail.com

    J’aime bien lire Cioran. Il était un home froid au meme temps qu’un philosophe et un poète, un enorme poète. Probablement sa sensibilité poètiques l’ont porté a vivre cet amour.
    Excuse-moi les fautes d’ortographe.
    Merci.

  3. mimo.nato@yahoo.com

    M.E.Cioran,c’est mon penseur préféré. Sa lettre est belle,émouvante. Lui même s’étonne de cet amour tardif,il est presque gêné de l’admettre..J’aime bcp.

  4. Cleo Zeus

    E. Cioran, un style unique, une vision à part qui a bouleversé toutes les pensées classiques de son époque, un cynique moraliste, un désespéré, qui n’a jamais cru en rien, qui essaye de se réconcilier avec la vie, en tombant amoureux au moment des prolongations, une telle situation doit être délicate !! … Je reviens souvent à cette lettre, je la trouve très particulière, pour dire : « vous êtes la déesse d’un homme qui ne croit en rien …  » c’est juste énorme! y a que lui qui peut dire une chose pareille … j’adore!

Laisser un commentaire

Vous devez être pour laisser un commentaire.