Lettre d’Erik Satie à Claude Debussy

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Vous octroyez le centuple de ce que l'on vous donne.

Erik Satie, né le 17 mai 1866, était un compositeur facétieux, comme le montrent les intitulés de ses morceaux, les Gymnopédies (« fêtes des enfants nus ») par exemple. En témoigne aussi le ton de cette lettre qu’il envoie à son ami et confrère Claude Debussy, à la troisième personne, mais pleine de respect et d’admiration.

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Arcueil, le 17 août 1903

Mon bon Claude,

Monsieur Erik Satie veut, par ce billet, vous remercier du plaisir qu’il ressentit lui-même en lisant celui que vous lui adressâtes.

Il est agréable et rémunérateur de correspondre comme qui dirait avec vous : vous octroyez le centuple de ce que l’on vous donne.

Quand supposez-vous, en supposant comme de juste une supposition, revenir vous-mêmes tous les deux dans nos bons gros murs (lesquels vont être abattus comme des chiens, sauf votre respect) ? Il doit faire froid dans le pays de Bichain. Le vent y est peut-être plus frais qu’ailleurs ; aussi n’y faut-il point rester des mois et des mois, car il s’y pourrait attraper de vilains maux, tous plus méchants en méchanceté qu’il ne convient vis-à-vis de la santé du pauvre monde.

Et votre pieuse et digne Dame ? Lui fîtes-vous part de mes politesses pour elle ? Et ce sacré nom de Dieu de Poisson Rêveur ? Lui donnâtes-vous de votre hameçon ? Monsieur Erik Satie travaille en ce moment à une œuvre plaisante, laquelle est appelée Deux morceaux en forme de poire. Monsieur Erik Satie est fou de cette nouvelle invention de son esprit. Il en parle beaucoup et en dit grand bien. Il la croit supérieure à tout ce qui a été écrit jusqu’à ce jour ; peut-être se trompe t-il ; mais il ne faut pas le lui dire : il ne le croirait pas.

Vous qui le connaissez bien, dites-lui ce que vous en pensez : sûrement, il vous écoutera mieux que quiconque, tant est portée son amitié pour vous. Voulez-vous que je vous dise ? Eh bien ! par la bouche humide de cette plume qui vous parle dans mes gros vieux doigts plébéiens le bon langage de la bonne correspondance que l’on se doit censément les uns et les autres, je vous souhaite bien le bonjour, à vous, mon bon Claude, à votre Dame et à l’honorable compagnie ici présente, et croyez à l’affection affectueuse et affectionneuse de votre vieux

Erik Satie

satie corresp

( Erik Satie, Correspondance presque complète, Paris, Fayard, 2000. ) - (Source image : Satie, photographe inconnu / Debussy en 1908 par Nadar © domaine public)
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