Lettre d’Edmond de Goncourt sur la Commune

La révolution est maîtresse de Paris.

Les frères Goncourt étaient de fins observateurs de la vie mondaine sous la IIIe République. Ils ont aussi été au premier plan, parfois malgré eux, de certains événements historiques. Dans une lettre à Augusta Holmès, Edmond de Goncourt (26 mai 1822 – 16 juillet 1896) dresse un tableau instantané de Paris sous la Commune.

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Ma chère Augusta,

La révolution est maîtresse de Paris. — La garde nationale de l’ordre est sans armes, ou mal armée, et moralement très désorganisée — Versailles n’a pas l’air de vouloir venir à notre secours — Hier Belleville a tiré sur une manifestation sans armes de l’Ordre et a tué ou blessé une dizaine de personnes.

On annonce que les Prussiens entrent dimanche. Voilà où en sont les choses. C’est triste, je crois impossible que le gouvernement du comité se maintienne, mais j’ai peur que cela dure quelque temps, et ce sera assez pour amener l’occupation prussienne et fournir un prétexte à toutes les horreurs et à toutes les exactions ; s’il se maintenait, pour moi, ça amènerait une séparation de la Province avec Paris, une mort de la France, et nous, nous serions condamnés à voir des scènes de l’Apocalypse. Je ne peux quitter Paris.

Je vous embrasse bien tendrement tous les deux.

E. de Goncourt

Ne te préoccupe pas du prêt du tout ; sans ces derniers événements, j’aurais vendu mes actions, et j’aurais été débarrassé de cette triste affaire.

cahiersgoncourt

( Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, n°3, 1994. ) - (Source image : Edmond de Goncourt par Nadar, National Gallery of Canada © domaine public)
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