Lettre d’Edith Piaf à Marcel Cerdan

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Mercredi, je serai dans tes gants, dans ton souffle, dans tes yeux, dans ton cœur, partout.

Edith Piaf et Marcel Cerdan, la Môme et le boxeur ; leur noms accolés forment désormais un couple tragique et mythique. Entre Paris et New-York, les music-hall et les rings, ces deux-là s’aimèrent d’un amour tendre et puissant. Avant le tragique accident d’avion qui mit fin aux jours de Cerdan, en 1949, le duo légendaire s’adressa une multitude de lettres touchantes, dont voici un extrait.

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Paris, lundi 13 juin 1949

Mon bel amour

Oh, que je voudrais que cette lettre arrive avant ton match. J’ai l’impression que mon cœur est avec. « Oh, mon Dieu, faites que cette lettre arrive à temps ! » Si tu le peux, dès que ton combat est fini, renvoie-moi mon cœur que je puisse respirer. Chéri, tu sais, tu es terrible. Comment se fait-il que je t’aime autant ? Qu’est-ce que je vais devenir avec tout cet amour qui me dépasse !

J’ai arrangé toutes mes répétitions, au cas où tu voudrais me téléphoner, je ne quitte pas la maison à partir de lundi passé quinze heures trente. Je répète le matin, comme ça, si tu veux m’appeler, je serai là, à ta disposition. Et si tu ne peux pas, c’est la même chose puisque tu as mon cœur dans tes mains. Ne l’égare pas, je n’en ai qu’un et c’est irremplaçable. Sois calme surtout et détendu, « relaxe » comme disent les Américains. Imagine-toi que Paris est en danger et qu’il te faut le défendre, c’est merveilleux comme symbole, hein ? Alors, dis-toi, je vais me battre pour Paris ! C’est beau Paris, tu sais, tu vas voir quand tu vas revenir comme il est en forme lui aussi, il est balayé de soleil et il a le parfum du printemps et puis les femmes sont belles, il n’y a qu’un Paris, un seul ! Et il n’y a que toi aussi, quelle chance j’ai ! Aussi mercredi, je vais me battre moi aussi pour toi, pour te garder toujours.

Mon gosse chéri, comme je voudrais être près de toi. Si j’avais dans ma vie le grand honneur de m’appeler Mme « Jules », je ne t’aurais pas quitté souvent, tu sais. Tu m’aurais eue toujours à tes côtés, toujours, pour préparer un bonheur fait de rose, de bleu et d’or. Mais hélas, je ne peux te donner que des bribes de ce bonheur et je le fais le mieux que je peux, avec des nuages, bien sûr, qui me viennent du mal de mon cœur, mais il faut toujours que tu le prennes comme une preuve de mon grand amour. Voilà, ma lettre va partir vers toi mais j’ai peur que l’avion qui va l’emmener ne soit pas assez fort, car cette lettre est chargée de tout mon amour et j’ai peur qu’elle ne soit trop lourde. Mercredi, je serai dans tes gants, dans ton souffle, dans tes yeux, dans ton cœur, partout, et j’essaierai de mordre LaMotta aux fesses, ce salaud, qu’il ne te touche pas ou il aura affaire à moi. Au revoir mon petit, mon gosse, ma vie, mon amour, mon cœur, mon toi.

Je t’aime mon tout petit gosse ! Moi.

Edith Piaf

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( Lettres d'amour. Moi pour toi. Correspondance entre Marcel Cerdan et Edith Piaf, Cherche Midi, 2002 ) - (Source image : Edith Piaf par J.B. ARRIEU ALBERTINI, 1951, Collection personnelle (own collection) © Wikimedia Commons / Portrait of Marcel Cerdan, Cerdan, 12/10/1948, archives familiales © Wikimedia Commons)
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