Lettre de Thomas Cromwell à Henry VIII

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Je n'ai jamais pensé, de ma vie, déplaire à votre Majesté.

Thomas Cromwell est un homme politique anglais. De 1532 à sa mort, il est l’un des principaux ministres d’Henri VIII d’Angleterre, le roi aux huit épouses, et il occupe des fonctions importantes vis-à-vis de l’Église anglaise. Thomas Cromwell a soutenu le divorce d’Henri VIII et son indépendance par rapport au Pape ; en cela, il est l’un des principaux acteurs des événements qui mènent à la création de l’église anglicane réformée. Mais, arrêté par ses adversaires, il connaît une fin terrible et violente : il meurt décapité en secret à la Tour de Londres, le 28 juillet 1540.

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12 juin 1540

Prostré aux pieds de votre Majesté, j’ai entendu par votre Contrôleur que je devrais vous écrire à propos de mon état des plus misérables.

Et où j’ai été accusé de trahison, je n’ai jamais pensé, de ma vie, déplaire à votre Majesté ; et encore moins faire ou dire « cette chose qui est en elle-même si hautement et abominablement offensante ». Votre Grâce connaît mes accusateurs, que Dieu leur pardonne. S’il était en mon pouvoir de vous conférer la vie éternelle, Dieu sait que je le ferais ; ou de vous rendre si riche que vous pourriez enrichir tous les hommes, ou si puissant que le monde entier doive vous obéir. Car votre Majesté a été des plus généreuses envers moi, et plus comme un père que comme un maître. Je vous demande de la clémence si j’ai été offensant. Je n’ai jamais parlé au Chancelier des Augmentations et à Frogmerton ensemble ; et si je l’avais fait, je n’aurais jamais parlé d’une telle chose. Votre Grâce sait quel genre d’homme Throgmerton a été envers vous et vos actions. Ce que le maître chancelier a été pour moi, Dieu et lui le savent ; ce que j’ai été pour lui, votre Majesté le sait. Si j’avais obéi à vos conseillers qui sont souvent bienveillants, cela n’aurait pas été avec moi comme c’est maintenant.  Mais j’ai consacré mon âme à Dieu, mon corps et mes biens à votre réjouissance. En ce qui concerne le Commonwealth, j’ai fait de mon mieux, et personne ne peut m’accuser à juste titre d’avoir commis des erreurs délibérément. Si j’ai eu vent de quelques machinations ou d’offenses contraintes aux lois, j’en ai  pour la plupart (bien que pas comme j’aurais dû le faire) révélé l’existence ou ai été à l’origine de leur punition. Mais je me suis mêlé de tant de choses, je ne peux répondre sur tout.

Le Contrôleur m’a dit que vous vous plaigniez que, cette derrière quinine, j’eus révélé une affaire hautement confidentielle. Je me rappelle de l’affaire, mais je ne l’ai jamais révélée. Après que votre Grâce m’ait parlé, dans votre chambre, des choses que vous n’aimiez pas au sujet de la Reine, je vous ai dit qu’elle désirait souvent s’entretenir avec moi, mais je n’ai pas osé accepter, et vous avez pensé que je pouvais faire beaucoup de bien en allant la voir et en lui ouvrant mon esprit. Ayant raté une telle occasion, j’ai discuté avec son maître chambellan, pour lequel je vous prie d’être clément, afin qu’il incite la Reine à se conduire de façon plaisante envers vous. J’ai répété cette suggestion, quand le maître chambellan et d’autres conseillers sont venus me voir à Westminster pour avoir la permission de faire partir les jeunes filles étrangères. Cela a eu lieu avant que votre Grâce ne m’engage au secret, que je n’ai jamais éventé, sauf à mon lord Amiral mais sur votre commandement de dimanche dernier ; lord Amiral que j’ai trouvé tout aussi disposé que moi à chercher une solution pour votre aisance, en disant qu’il consacrerait le meilleur de lui-même à cette fin.

A aussi été accusé à son interrogatoire de détenir des gens contre les lois. Nie qu’il s’est jamais détenu personne, excepté ses domestiques, mais c’était contre sa volonté. Était si sollicité par des gens qui se disaient être ses amis qu’il recevait leurs enfants et amis — pas comme des domestiques, car leurs parents et proches les avaient trouvés ; mais s’il a commis une offense, demande le pardon. Reconnaît être un misérable pécheur devant Dieu et le Roi, mais jamais intentionnellement. Souhaite la prospérité pour le Roi et le Prince.

« Écrit avec la main frémissante et le cœur le plus affligé de votre sujet le plus affligé, votre plus humble servant et prisonnier, ce samedi, dans votre Tour de Londres. »

( http://www.theanneboleynfiles.com/12th-june-1540-thomas-cromwells-letter-to-henry-viii/ © Trad. DesLettres ) - (Source image : Thomas Cromwell par Hans Holbein le Jeune, 1532 / Henry par Hans Holbein le Jeune en 1537 © domaine public)
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