Lettre de Rimbaud à sa mère et sa sœur

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Je me porte aussi bien qu'on le peut en s'ennuyant beaucoup, beaucoup.

1888, 1889, Arthur Rimbaud a édifié son comptoir au Harrar : Il n’est plus trafiquant d’armes mais trafiquant en gomme, en peaux de bêtes, en musc de Civette, en cotonnade, en ivoire, en or, en ustensiles manufacturés. Il est par ailleurs fournisseur de chameaux pour caravanes. Ses lettres à sa famille traduisent un profond ennui. Dans une lettre du 4 août 1888, il avoue : « Je m’ennuie beaucoup, toujours ; n’est-ce pas misérable, cette existence sans famille, sans occupation intellectuelle ? » Les périodes de Noël sont toujours des moments critiques qui renvoient le poète déchu âgé de 35 ans à toute la réalité de sa solitude. Le 20 décembre 1889 semble particulièrement pénible. Ce jour-là, il envoie simultanément une lettre à sa mère et à sa sœur et une lettre à son contact Alfred Ilg, un ingénieur suisse conseiller de l’empereur d’Ethiopie, lui aussi trafiquant. Si Rimbaud n’est pas devenu marchand d’esclaves, il n’en demeure pas moins qu’il demande à son correspondant dans son télégramme « un bon mulet et deux garçons esclaves» pour son usage personnel.

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20 décembre 1889

  Harar,

Ma chère maman, ma chère sœur,

… En m’excusant de ne pas vous écrire plus souvent, je viens vous souhaiter, pour 1890, une année heureuse (autant qu’on l’est) et une bonne santé.
… Je suis toujours fort occupé, et me porte aussi bien qu’on le peut en s’ennuyant beaucoup, beaucoup…
… De votre part aussi, je reçois peu de nouvelles. Faites-vous moins rares, et croyez-moi,

Votre dévoué,
Rimbaud

Arthur-Rimbaud-Correspondance

( Arthur Rimbaud, Correspondance, Fayard, 2007 — ouvrage publié avec le concours de la Fondation La Poste ) - (Source image : Rimbaud à Aden / Vitalie Cuif la mère de Rimbaud (en noir) / Isabelle Rimbaud, la sœur de Rimbaud (en blanc))
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