Lettre de Pierre-Auguste Renoir à son marchand d’art Paul Durand-Ruel

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Je trouve qu'il faut faire la peinture la meilleure possible, voilà tout.

Le peintre Pierre-Auguste Renoir (25 février 1841 – 3 décembre 1919) a été exclu des cercles impressionnistes car il préférait se concentrer sur un art davantage figuratif. Dans cette lettre à son marchand d’art, juste avant l’ouverture du Salon officiel des Beaux-Arts (1881), et malgré les nombreux refus auxquels il a fait face, Renoir explique sa démarche et ses intentions de se maintenir dans l’exposition. Sa persévérance portera ses fruits.

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Début mars 1881

Mon cher Monsieur Durand-Ruel,

Je viens tâcher de vous expliquer pourquoi j’envoie au Salon.

Il y a dans Paris à peine quinze amateurs capables d’aimer un peintre dans le Salon. Il y en a 80 000 qui n’achèteront même pas un nez si un peintre n’est pas au Salon. Voilà pourquoi j’envoie tous les deux ans deux portraits, si peu que ce soit. De plus, je ne veux pas tomber dans la manie de croire qu’une chose ou une autre est mauvaise suivant la place.

En un mot, je ne veux pas perdre mon temps à en vouloir au Salon. Je ne veux même pas en avoir l’air. Je trouve qu’il faut faire la peinture la meilleure possible, voilà tout. Ah ! si l’on m’accusait de négliger mon art, ou par ambition imbécile, faire des sacrifices contre mes idées, là je comprendrais les critiques. Mais comme il n’en est rien, l’on a rien à me dire, au contraire.

Je ne m’occupe dans ce moment, comme toujours, que de faire de bonnes choses. Je veux vous faire de la peinture épatante et que vous vendrez très cher. J’y arriverai dans pas longtemps, j’espère. Je suis resté loin de tous peintres, dans le soleil pour bien réfléchir. Je crois être au bout et avoir trouvé. Je puis me tromper — cependant ça m’étonnerait beaucoup.

Encore un peu de patience et dans peu, j’espère vous donner des preuves que l’on peut envoyer au Salon et faire de la bonne peinture.

Je vous prie donc de plaider ma cause auprès de mes amis. Mon envoi au Salon est tout commercial. En tout cas, c’est comme de certaines médecines, si ça ne fait pas de bien, ça ne fait pas de mal.

Je crois que je me suis tout à fait retapé. Je vais pouvoir travailler ferme et me rattraper.

Là-dessus je vous souhaite une excellente santé. Et beaucoup d’amateurs riches. Cependant, gardez-les pour mon retour. Je resterai encore un mois. Je ne veux pas quitter Alger sans rapporter quelque chose de ce merveilleux pays.

Mille amitiés aux amis et à vous.

Renoir.

renoirlamouravecunpinceau

( Pierre-Auguste Renoir, L'amour avec mon pinceau, Éd. Mille et une Nuits, 2009. ) - (Source image : Pierre-Auguste Renoir (1841–1919), french painter. Circa 1910 / By Dornac, photographer. BNF /Pierre Auguste-Renoir, Le Moulin de la Galette (1876)/Musée d'Orsay (détail))
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