Lettre de Louis XVI à ses frères

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Voilà donc toute la France armée et le peuple poussé à toutes les violences contre ceux qu’on appelle aristocrates.

Le 23 août 1754, Louis XVI venait au monde. C’est en 1791 que la France devient une monarchie constitutionnelle. Compromis acceptable pour Louis XVI, ses frères les comtes d’Artois et de de Provence sont d’un autre avis. A la tête des nobles qui ont émigré depuis le début de la révolution, ils envisagent d’engager une guerre contre les révolutionnaires afin de rétablir la monarchie absolue. Louis XVI, tente de les convaincre des dangers d’une telle action.

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septembre 1791

Vous êtes instruits sans doute que j’ai accepté la Constitution, et vous connaissez les raisons que j’en ai données à l’Assemblée, mais elles ne doivent pas suffire pour vous ; je veux vous faire connaître tous mes motifs.
L’état de la France est tel qu’elle touche peut-être à une dissolution totale, et qui ne sera qu’accélérée si l’on veut porter des remèdes violents à tous les maux qui l’accablent. L’esprit de parti qui la divise et l’anéantissement de toutes les autorités sont les causes de ses malheurs. Il faut donc faire cesser les divisions et rétablir l’autorité du Gouvernement ; mais pour cela il n’y a que deux moyens : la force et la réunion.
La force ne peut être employée que par des armées étrangères, et ce moyen n’est que la ressource de la guerre. Un Roi peut-il se permettre de la porter dans ses Etats, et le remède n’est-il pas pire que le mal ? Je sais qu’on se flatte de réunir des forces immenses, qui, en ne laissant pas la possibilité de la résistance, empêcheraient la guerre ; mais a-t-on bien réfléchi à l’état du Royaume et à l’intérêt de tous ceux qui ont aujourd’hui de l’autorité ? Tous les chefs, c’est-à-dire ceux qui sont en possession [sic] d’émouvoir le peuple, croiront avoir trop à craindre pour se rendre à discrétion ; jamais ils ne pourront se persuader qu’ils obtiendront l’oubli ou le pardon de leurs fautes : l’offre d’une amnistie ne saurait les rassurer. Ils penseront au contraire pouvoir faire une meilleure composition les armes à la main, qu’en se livrant sans combattre. Ils se serviront des gardes nationales et autres citoyens armés, et se les attacheront sous couleur de défendre la cause du peuple et de s’opposer à ses ennemis. Ils commenceront même la guerre en se jetant sur les aristocrates, pour rendre les partis plus divisés. Ce premier exemple donné à Paris et par l’Assemblée ne sera-t-il pas suivi dans l’intérieur du Royaume ? Il faut remarquer qu’il y a dans tous les départements des hommes qui ont commis chez eux les mêmes violences que les principaux chefs de la révolution ; qu’ils craindront pour eux le même traitement, et que, se trouvant aujourd’hui à la tête de l’administration, ils auront à la fois l’intérêt et le moyen d’armer le peuple. Voilà donc toute la France armée et le peuple poussé à toutes les violences contre ceux qu’on appelle aristocrates. Qui peut dire combien de malheurs en seront la suite ! Toutes les familles de ceux qui auront passé à Coblentz seront peut-être égorgées. S’ils triomphent, ils voudront se venger ; combien de sang répandu ! et comment l’éviter, lorsqu’on a imbu le peuple de l’idée, que les propos en Flandre et en Allemagne n’accréditent malheureusement que trop, que les émigrants ne voulaient que se venger ; et que, si les secours des Puissances étrangères leur manquaient, ils entreraient en France avec leurs seules forces, et que, certains de périr, ils ne périraient pas du moins sans vengeance ? La guerre sera donc inévitable, parce que tous ceux qui sont en autorité se trouvent intéressés à la faire ; elle sera horrible, parce qu’elle aura pour principes la violence et le désespoir. Un Roi peut-il de sang-froid envisager tous ces malheurs et les appeler sur son peuple ? […]

couvlouis

( Lettres de Louis XVI et de Marie-Antoinette 1789-1793, choisies et présentées par Jean-Pierre Dormois, Editions France-Empire, 1988. ) - (Source image : Louis XVI par Joseph-Siffred Duplessis, 1775 © Wikimedia Commons)
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