Lettre de James Joyce à Nora Barnacle Joyce

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Nora ma chérie, que notre amour tel qu’il est à présent ne finisse jamais.

James Joyce (2 février 1882 – 13 janvier 1941) fut l’un des plus grands écrivains du XXème siècle, auteur notamment de Ulysses. Marié à Nora, sa muse et compagne des mauvais jours, leur relation passionnée fut ponctuée de somptueux échanges épistolaires, dont voici l’incipit.

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31 août 1909

Ma chérie il est maintenant presque deux heures du matin. Mes mains tremblent de froid car j’ai dû sortir pour ramener à la maison mes soeurs qui étaient à une soirée : et maintenant il faut que je marche jusqu’à la Poste principale. Mais je ne veux pas que mon amour soit sans sa lettre demain matin.

L’objet décoré que j’ai fait faire expressément pour toi est maintenant en lieu sûr dans ma poche. Je le montre à tout le monde pour que tout le monde sache que je t’aime, Nora chérie, et que je pense à toi, ma chérie, et désire t’honorer.

Il y a une heure je chantais la chanson La Fille d’Augbrim. Les larmes me sont montées aux yeux et ma voix tremble d’émotion lorsque je chante cet air charmant. Cela valait la peine de venir en Irlande pour l’entendre par la voix de ta pauvre gentille mère – que j’aime beaucoup, chère Nora.
C’est peut-être dans l’art, Nora bien aimée, que toi et moi trouverons un réconfort pour notre amour. J’aimerais que tu sois entourée de tout ce qui est élégant et beau et noble en art. Tu n’es pas, comme tu le dis, une pauvre fille sans éducation. Tu es mon épouse, ma chérie, et tout le plaisir et la joie que je peux te donner dans cette vie, je souhaite te les donner.

Nora ma chérie, que notre amour tel qu’il est à présent ne finisse jamais. Tu comprends maintenant ton étrange amant, égaré, entêté, jaloux, n’est-ce pas ma chérie ? Tu essaieras de le retenir lors de ses humeurs vagabondes, n’est-ce pas, ma chérie ? Il t’aime, n’oublie jamais cela. Il n’a jamais eu une parcelle d’amour pour personne d’autre que soi. C’est toi qui as ouvert un gouffre profond dans sa vie.

Tout mot vulgaire prononcé me blesse désormais car je sens qu’il te blesserait. Lorsque je te courtisais (et tu avais seulement dix-neuf ans, ma chérie, combien j’ai plaisir à penser à cela !) c’était la même chose. Tu as été pour le début de mon âge d’homme ce que l’idée de la Sainte Vierge fut pour mon enfance.

Ô dis-moi, mon doux amour, que tu es satisfaite de moi maintenant. Un mot d’éloge de toi me remplit de joie, d’une joie douce semblable à une rose.

Nos enfants (quel que soit mon amour pour eux) ne doivent pas s’interposer entre nous. S’ils sont bons et d’une nature noble c’est à cause de nous, ma chérie. Nous nous sommes rencontrés et avons uni nos corps et nos âmes librement et noblement et nos enfants sont le fruit de nos corps.

Bonne nuit ma petite fille bien-aimée, ma petite épouse de Galway, mon tendre amour d’Irlande.

Combien j’aimerais te surprendre maintenant dans ton sommeil ! Il est un endroit où j’aimerais t’embrasser maintenant, un endroit étrange, Nora. Pas sur les lèvres, Nora.

Sais-tu où ?

Bonne nuit, ma bien-aimée !

JIM

( James Joyce - Lettres à Nora. Rivages poche / Petite Bibliothèque. )
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  1. Maïla Nepveu

    Quel magnifique chant d’amour que cette lettre si touchante, si sincère de James Joyce à sa chère Nora, son épouse. Ce sont des mots simples qui viennent du cœur, sans calcul, sans arrière-pensées, sans hypocrisie.
    En lisant cette lettre, je pense à tant d’autres textes de la littérature française qui ont célébré l’amour. Voici quelques exemples :
    Alfred de Musset :
    « Vos yeux bleus sont moins doux que votre âme est belle,
    Même en les regardant, je ne regrettais qu’elle,
    Et devoir dans sa fleur un tel cœur se fermer. »
    Louis Aragon :
    « Mon bel amour mon cher amour ma déchirure,
    Je te porte dans moi comme un oiseau blessé,
    Et ceux-là sans savoir nous regardent passer,
    Répétant après moi les mots que j’ai tressés,
    Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent,
    Il n’y a pas d’amour heureux. »
    Charles d’Orléans
    « Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
    Puisqu’il me fault loing de vous demorer,
    Je n’ay plus riens, à me reconforter,
    Qu’un souvenir pour retenir lyesse. »

    Je pense aussi à cette sublime devise du Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d’Orléans, assasiné en 1407 par le duc de Bourgogne : « Rien ne m’est plus, plus ne m’est rien »
    L’amour vrai, entier est intemporel et chanté par les poètes de toutes époques. Je rêve, moi aussi, d’un prince amoureux, généreux et attentionné qui viendrait m’enlever sur son cheval blanc.

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