Lettre de George Sand à Marie Dorval

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Au théâtre ou dans votre lit, il faudra que j'aille vous embrasser, madame.

George Sand et Marie Dorval comptent parmi les personnalités féminines les plus importantes du XIXe siècle littéraire. L’une, écrivain reconnue, se grime en homme et terrorise ses confrères par sa beauté et sa plume incorruptible. L’autre, muse d’Alfred de Vigny, brille sur les planches du Théâtre-Français. Son jeu de scène subjugue la gent masculine, mais aussi George Sand, qui lui envoie une lettre admirative en janvier 1833, après l’une de ses représentations.
C’est le début d’une amitié intense et… jalousée. Gustave Planche recommande à Sand de se méfier de possibles attirances lesbiennes de la part de Dorval. Et Alfred de Vigny conseille à Dorval de garder elle aussi ses distances. L’on raconte que Dorval elle-même se méfiait d’une possible connivence entre Vigny et Sand ! Toutefois, malgré la profondeur des déclarations que s’adressent les deux femmes, le caractère amoureux ou sexuel de leur relation n’a pas été prouvé.

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George Sand à Marie Dorval

[18 mars 1833]

Je ne peux vous voir aujourd’hui, ma chérie. Je n’ai pas tant de bonheur. Lundi, matin ou soir, au théâtre ou dans votre lit, il faudra que j’aille vous embrasser, madame, ou que je fasse quelque folie.
Je travaille comme un forçat, ce sera ma récompense.
Adieu, belle entre toutes.


Marie Dorval à George Sand

[fin mars 1833]

Vous êtes une méchante et je comptais bien sur le bonheur de vous avoir toute la soirée dans ma loge. Nous aurions vite dîné, à cinq heures, et nous serions parties ensemble. Voyons, tâchez. Je vous ai vue hier toute la soirée, je vous ai regardée sans rencon­trer vos yeux. Vous aviez l’air d’une boudeuse. C’est moi qui viendrai vous voir demain matin. Ce soir, je ne suis pas chez moi. Mon Dieu, quelle envie de causer j’ai donc ! Nous ne pourrons donc jamais nous accrocher ?


George Sand à Marie Dorval

[« Dimanche soir », fin mars 1833]

Ma petite Marie, voulez-vous, inscrire M. Gustave Planche sur votre liste de bal ? Il demeure rue de La Harpe, n°103.
Décidément Jules [Sandeau] sera des nôtres, mais à l’heure où je vous écris, il est près de vous sans doute — et il est plus heureux que moi.
Adieu. Au milieu de tes grandes fonctions de commissaire, n’oublie pas de m’aimer un peu.

( Correspondance de George Sand. Tome II (1832 - juin 1835), éd. G. Lubin, Paris, Garnier Frères, 1966. ) - (Source image : George Sand par Auguste Charpentier (1838) coll. Musée de la vie romantique, Paris / Lithographie de Marie Dorval par Paul Delaroche © domaine public)
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