Lettre de Francis Bacon à Michel Leiris

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Peut-être que le réalisme dans son expression la plus profonde, est-il toujours subjectif.

« L’odeur du sang humain ne [quitta] pas des yeux » le peintre anglais Francis Bacon ( 28 octobre 1909 – 28 avril 1992 ). Son oeuvre a su représenter comme peu d’artistes, la violence du geste pictural, atteignant un état sublime qui, de son vivant déjà, subjuguait les foules et la critique. Selon lui, le réalisme en art ne devait pas se confondre avec la simple volonté de traduire en un langage convaincant ce qui existe objectivement. Il trouva alors refuge dans l’expression de la sensation, dont il se fit l’ambassadeur plastique. Confession épistolaire à son ami Michel Leiris.

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20 novembre 1981

Pour moi, le réalisme tente de capturer l’apparence à partir d’un éventail de sensations qu’elle éveille en moi. Mon dernier triptyque par exemple, et quelques autres toiles peintes après avoir relu Eschyle, est une tentative de saisir les images des sensations que certains épisodes ont créés en moi.

Je ne pourrais pas peindre Agamemnon, Clytemnestre ou Cassandre, ce qui supposerait un tout autre genre de peinture historique alors que tout est déjà dit et fait. J’ai donc essayé de créer une image à partir de ses effets que je ressens au plus profond de moi. Peut-être que le réalisme dans son expression la plus profonde, est-il toujours subjectif. Parfois, lorsque je regarde de l’herbe, j’ai envie d’en arracher une touffe et de la replanter au milieu d’un cadre. Bien sûr, cela ne pourrait pas marcher, nous sommes à juste titre obligés d’inventer des méthodes poussant la réalité à agir comme une force en soi sur notre système nerveux, sans pour autant perdre de vue l’objectivité du modèle.

( http://www.tate.org.uk/context-comment/articles/francis-bacon-1909-1992 ) - (Source image : http://www.ibiblio.org/wm/paint/auth/bacon/)
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