Lettre de Dostoïevski à Nikolaï Nikolaïevitch Strakhov

2

min

Paris est la ville la plus ennuyeuse qui soit.

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (11 novembre 1821 – 9 février 1881) est considéré comme l’un des plus grands écrivains russes. Il a exercé une influence immense sur de nombreux écrivains et philosophes grâce à des œuvres telles que Les Frères Karamazov, Les Démons ou encore Crime et Châtiment. À l’occasion d’un voyage en France en 1862, il envoie cette lettre à son ami Strakhov, y exprimant tout son dégoût pour Paris.

A-A+

26 juin 1862

Ah, Nikolaï Nikolaëvitch,

Paris est la ville la plus ennuyeuse qui soit et, s’il ne s’y trouvait tant de choses par trop remarquables, vrai, on pourrait y périr d’ennui. Les Français, ma parole, sont un peuple à vous donner la nausée. Vous parliez de ces gens d’une arrogance, de ces m…deux qui se déchaînent dans nos minérales. Je vous jure, cependant, qu’ici vaut bien chez nous.
Les nôtres ne sont que coquins et sensuels et, pour la plupart, conscients de ce qu’ils sont ; ici chacun est absolument convaincu qu’il faut être ce qu’il est lui-même. Le Français est tranquille, honnête, poli mais faux, et l’argent est pour lui tout. Pas le moindre idéal. Pas de conviction, mais si ce n’était que cela : ne lui demandez pas même de réfléchir. Notre niveau d’instruction est faible à l’extrême (je ne parle pas de nos savants patentés, au demeurant peu nombreux ; et puis, pour finir, en quoi la science est-elle l’instruction, au sens que nous avons accoutumé de donner à ce mot ?) Vous rirez peut-être de mes jugements, alors que je ne suis à Paris que depuis dix jours. Je vous l’accorde ; mais 1) ce que j’ai vu pendant ces dix jours confirme pour l’instant ma pensée, et 2) il est des faits que l’on peut observer et comprendre et qui dessinent des pans entiers de l’état d’une société, du simple fait qu’ils sont possibles et qu’ils existent. […]

( )
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

La recommandation de la rédaction :

Lettre de Fiodor Dostoïevski à son frère : « Désormais, je m’arrache à tout ce qui m’était cher ; j’ai mal de le quitter ! »

Lettre de Léon Tolstoï à Zinaïda Lioubotchinskaïa : « La vie est indestructible. »

Lettre d’Anton Tchekhov à son collègue Plechtchéev : « Je hais le mensonge et la violence sous toutes ses formes. »

les articles similaires :

  1. Serge Muscat

    Voilà une parole bien vraie de la part de ce Dostoïevski. Mais on s’habitue à l’horreur, à l’arrivisme, au manque d’idéal, au vices que l’on trouve à Paris. Puis les temps ont changé. Est-ce mieux, est-ce pire qu’à l’époque où il écrivait cette lettre? Difficile à dire. Le capitalisme n’a pas changé, il s’est juste transformé. Pour un français devenir riche est toujours l’idéal à atteindre. Le matérialisme « primaire » est toujours ce qui caractérise cette nation et particulièrement les parisiens. Il n’y a qu’à voir les « subtilités » de la mode vestimentaire pour comprendre la futilité de la population française. Son goût de collectionneur et d’amasser toujours plus de camelote. Il est évident que ces préoccupations sont bien éloignées de la population russe. Et encore, d’une certaine partie de la population russe. Car lorsqu’on voit la richesse financière de Poutine, on se pose bien des questions.

Laisser un commentaire

Vous devez être pour laisser un commentaire.