Lettre de Charlie Chaplin à son frère Sydney

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Sid, nous serons bientôt millionnaires.

L’immense Charlie Chaplin (16 avril 1889 – 25 décembre 1977), pierre angulaire du cinéma, achève avec son incarnation du très attachant Charlot, la jonction entre le film muet et le cinéma parlant. Sa personnalité très singulière, le mena avec succès vers une renommée qu’il recherchait avec avidité, comme en témoigne cette lettre à son frère. Le réalisateur y livre un état des lieux de son encore très jeune carrière et affiche clairement son ambition : devenir millionnaire.

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Los Angeles Athletic Club,
Los Angeles, Calif.
Dimanche 9 aout [1914]

Mon cher Sid,

Tu sais parfaitement qui s’adresse à toi. Oui. C’est bel et bien ton frère Chas. Je t’écris après toutes ces années, mais tu dois me pardonner. Tout mon temps est pris par les films. J’écris, je réalise, et joue dans chacun d’entre eux et, crois-moi, cela m’occupe beaucoup. Et oui, Sid, j’ai réussi. Tous les cinémas arborent mon nom en lettres capitales, soit « Chas Chaplin, aujourd’hui ». Je te le dis, dans ce pays je suis une attraction du box office. Tous les managers me disent que je reçois 50 lettres par semaine d’hommes et de femmes des quatre coins du monde. C’est merveilleux de voir comme je suis devenu célèbre en si peu de temps et j’espère que l’année prochaine je gagnerai beaucoup de pognon. J’ai reçu énormément d’offres à 500 $ par semaine accompagné de 40% d’actions, ce qui équivaut à un salaire d’environ 1000 $ par semaine. M. Marcus Lowe, le plus important proprio de salles de cinéma, m’a fait une offre très sérieuse et veux que je forme une compagnie et me propose de choisir entre une paye à la semaine ou 50% des actions.

C’est une affaire réglée, quoiqu’il en soit, tout cela est entre les mains de mes avocats, et bien entendu, j’irai au bout de mon contrat avec les gens de Keyst., et s’ils mettent une meilleure offre sur la table, je resterai où je suis. Cette opportunité avec Marcus Lowe est   concrète : j’ai la garantie d’être dans toutes ses salles ainsi que de vendre à l’extérieur par la suite. Bref, je t’expliquerai tout cela dans ma prochaine lettre. Il financera toute l’opération et si elle aboutit, cela est synonyme de jackpot pour nous. Mr Sennett est à New York. Il dit vouloir t’écrire et te faire une offre. Je lui ai assuré que tu serais parfait pour le cinéma, bien sur il ne te connait pas et se contente de suivre simplement mes recommandations. Il dit vouloir te donner 150 $ pour commencer. Je lui ai répondu que tu gagnais déjà cela et que tu n’imaginais pas de te déplacer pour la même somme. Si toutefois tu l’envisages, ne signe pas pour une trop longue durée, parce que je te voudrai avec moi lorsque je commencerais Je pourrai t’obtenir 250 $ très facilement mais tu devras alors singer un contrat. Il vaut mieux pour toi que tu viennes pour trois mois auprès des Keystone et qu’ensuite tu travaille à notre propre compte. Tu auras des nouvelles de Sennet, mais ne viens pas pour moins que cela, compris ?

Tu vas adorer ici, c’est un très beau pays, et l’air frais me fait un bien fou. Je me suis fait un tas d’amis ici et je me rends à toutes les fêtes etc. J’ai mes entrées dans le meilleur Club de la ville, là où tous les millionnaires se rendent, et j’y passe des moments sains et agréables. Je vis bien. J’ai mon propre valet, c’est la classe non ?

Je continue à faire des économies et depuis mon arrivée j’ai placé 4 000 $ dans une banque, 1200 dans une autre et 1500 à Londres, pas mal pour 25 ans et je me porte toujours bien Dieu merci.  Sid, nous serons bientôt millionnaires. Ma santé est meilleure que jamais et je grossis. Bon  tu dois me donner des nouvelles de Mère et n’oublie pas de m’écrire avant de signer tout contrat parce qu’il y a une autre firme prête à te payer 250$.

Ils me voulaient et je leur ai parlé de toi, puisque je ne pouvais pas rompre mon contrat. Mr Sennet est un homme charmant et nous sommes bons amis, mais les affaires sont les affaires. Bien sûr, il ne sait pas que je le quitte ni que j’ai reçu ces offres, donc ne dis rien à personne pour éviter les rumeurs, on ne sait jamais. Je ne voudrais pas blesser Sennet, il a beaucoup d’estime pour moi. Maintenant, concernant l’argent pour mère, penses-tu qu’il soit prudent que je te l’envoie pendant que la guerre bat son plein ou crois-tu qu’il vaut mieux que tu payes ma part pour le moment et que je te rembourse plus tard. Tant que j’ai l’assurance que l’argent atteindra sa destination, je te l’enverrai. Quoiqu’il en soit, fais-moi savoir quoi faire dans ta prochaine lettre.  J’espère qu’ils ne t’enverront pas au combat. Cette guerre est terrible. C’est à peu près toutes les nouvelles importantes que j’avais. Je viens d’achever un long métrage avec Marie Dressier, la star américaine, et moi-même. Il a couté 50.000$ et j’y occupe chaque plan. C’est le meilleur film que j’ai jamais fait. Je dois en venir au bout à présent, je commence à avoir faim. À l’instant mon valet me dit que des amis viennent me chercher en automobile donc je vais dîner à la plage. Bonne nuit Sid, mon affection à Minnie

Ton frère qui t’aime.

Charlie

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9 commentaires

    • artero

      Chaplin a connu l’extrème pauvreté ! son rêve n’était pas de devenir millionnaire mais de faire du cinéma , il se trouve que celà lui a fait gagner énormément d’argent, ainsi a t’il pu mettre sa mère à l’abri du besoin dans une maison spécialisée car l’état de santé de celle-ci necessitait celà .

      • Monique Rousselle

        Dans cette lettre je trouve que Mr Chaplin est un peu comme un enfant qui découvre ses cadeaux de Noël et qui ne sait lequel ouvrir en premier ! et tant mieux pour lui s’il a fait fortune et s’il s’est comporté en bon fils et bon frère.

    • Denis

      Bonjour, toutes choses égales moi c’est la traduction qui me déçoit : le style, une orthographe incertaine dans cette version française… et jusqu’au nom de Marie Dressler qui est écorché.
      Dommage…

      • Nicolas Bersihand

        Bonjour, merci pour votre commentaire et vos remarques. Nous avons corrigé quelques petites choses et allons la relire bientôt. Désolé de ces petites fautes qui, je l’espère, n’entachent pas votre plaisir. Bon week-end. Cordialement, DesLettres

  1. Colette Prudi

    Le génie n’a jamais empêché d’aimer l’argent. Il se peut même que l’amour de l’argent stimule, ce qui n’empêche pas l’argent acquis d’être aussitôt dépensé .

  2. HERRERA EVELYNE

    Je reste une Fan de Charlie Chaplin. C’était un génie, donc c’est tout-à-fait normal qu’il ait voulu gagner beaucoup d’argent, il méritait ce qui lui est arrivé…Etant enfant, il avait souffert de la pauvreté et, malgré tout, à force de volonté, de courage, de ténacité, il est arrivé en haut de l’échelle.
    C’est la première fois que j’entends parler de son frère, ont-ils collaboré ?

  3. bébert

    Chaplin a réussi car il savait tout faire : écriture, scénario, acteur, mime, clown, danseur, acrobate, musicien, compositeur… !. Il méritait de gagner beaucoup d’argent; il en faisait largement profiter son entourage, pas uniquement sa famille. J’adore Charlie Chaplin, je le vénère même; c’est un tel maître, qui n’a jamais oublié les petits, les humbles dont il avait fait partie, très jeune…
    Sydney Chaplin est le demi frère de Charlie. Il a rejoint Chaplin aux USA, a collaboré aux films de Chaplin et a dirigé ensuite la maison de production « Charlie Chaplin Productions »…

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