Lettre de Charles Baudelaire à Victor Hugo

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Voici des vers faits pour vous et en pensant à vous.

Charles Baudelaire (9 avril 1821 – 31 août 1867), « Dante d’une époque déchue » selon les termes de Barbey d’Aurevilly, occupe une place prestigieuse parmi les poètes français, signant un chef-d’œuvre qu’il aura bâtie une vie durant et qui n’aura de cesse d’inspirer les générations futures : Les Fleurs du mal. Ce chantre de la modernité était aussi un visionnaire qui avait la capacité de reconnaître les génies de son époque : après Delacroix et Edgar Poe, Baudelaire s’incline et consacre Victor Hugo. Cette lettre demeure aujourd’hui comme le témoignage d’une admiration sans faille d’un jeune poète face à un monstre de la littérature.

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7 décembre 1859

Monsieur,

Voici des vers faits pour vous et en pensant à vous. Il ne faut pas les juger avec vos yeux trop sévères, mais avec vos yeux paternels. Les imperfections seront retouchées plus tard. Ce qui était important pour moi, c’était de dire vite tout ce qu’un accident, une image, peut contenir de suggestions, et comment la vue d’un animal souffrant pousse l’esprit vers tous les êtres que nous aimons, qui sont absents et qui souffrent, vers tous ceux qui sont privés de quelque chose d’irretrouvable.

Veuillez agréer mon petit symbole comme un très faible témoignage de la sympathie et de l’admiration que m’inspire votre génie.

CHARLES BAUDELAIRE […]

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( Charles Baudelaire, Correspondance I, 1832-1860, NRF, Bibliothèque de la Pléiade ) - (Source image : Charles Baudelaire by Étienne Carjat, 1863 © Wikimedia Commons / Victor Hugo by Étienne Carjat, 1876 © Wikimedia Commons)
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  1. Zoubir Yahiaoui

    Une lettre émouvante de la part d’un « prince » de la poésie à un « roi » voire un géant de la poésie d’alors. Baudelaire s’incline et consacre des poèmes à Victor Hugo comme symbole d’admiration, de respect voire de vénération. La lettre restera dans les anales comme le témoignage d’une admiration sans faille d’un jeune poète face à un monstre de la littérature du XIX siècle. Baudelaire supplie son maître d’être clément à l’égard de ses poèmes et que les inconséquences mineurs qui peuvent y glisser feront l’objet de rectification ultérieures. La muse qui inspire l’auteur des Fleurs du mal est la souffrance d’autrui. Des poèmes à lire pour goûter à sa finesse.

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