Lettre de Camille Claudel à Paul Claudel

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J'ai beaucoup d'idées nouvelles qui te plairaient énormément.

Camille Claudel (8 décembre 1864 – 19 octobre 1943), sculptrice de génie, a sombré dans la paranoïa après sa liaison avec Auguste Rodin et a fini sa vie internée en asile, oubliée des siens. Qui pourrait deviner, en lisant cette lettre pleine de complicité qu’elle adresse à son frère Paul Claudel en 1893, que l’écrivain se détournerait d’elle ainsi ?

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(?) décembre 1893

Mon cher Paul

Ta dernière lettre m’a fait bien rire, je te remercie de tes floraisons américaines mais j’en ai reçu moi-même toute une bibliothèque, effet de neige, oiseaux qui volent etc. La bêtise anglaise est sans bornes, il n’y a pas de sauvages qui fabriquent de pareilles amulettes.

Je te remercie de l’offre que tu me fais de me prêter de l’argent : cette fois-ci, ce n’est pas de refus car j’ai épuisé les 600 francs de maman et voici l’époque de mon terme ; je te prie donc si cela ne te cause aucun dérangement de m’envoyer 150 à 200 francs.

J’ai eu dernièrement des malheurs : un mouleur pour se venger a détruit à mon atelier plusieurs choses finies, mais je ne veux pas t’attrister.

Les Daudet doivent venir me voir la semaine prochaine avec madame Alphonse Daudet. Ils sont toujours très aimables je ne vois plus souvent Schwob et Pottecher, Mathieu a Disparu. Je suis toujours attelée à mon groupe de trois je vais mettre un arbre penché qui exprimera la destinée ; j’ai beaucoup d’idées nouvelles qui te plairaient énormément, tu serais tout à fait enthousiasmé. Elles rentrent dans ton esprit, voici un croquis de la dernière esquisse (la Confidence)

[Croquis légendé]
trois personnages en écoutent un autre derrière un paravent

Le Bénédicité
[Croquis légendé]
des personnages tout petits autour d’une grande table écoutent la prière avant le repas

Le Dimanche
[Croquis légendé]
trois bonhommes en blouse neuve et pareilles (sic) juchés sur une très haute charrette partent pour la messe

La Faute
[Croquis légendé]
une jeune fille accroupie sur un banc pleure, ses parents la regardent tout étonnés

J’ai un grand plaisir à travailler. Je vais envoyer au Salon de Bruxelles le petit groupe des amoureux, le buste à capuchon, la Valse en bronze, la petite de l’Islette.
Au salon prochain le buste de Lhermitte, avec une draperie qui vole et le groupe de trois si j’ai fini
voilà comment il sera

[Croquis annoté]
tout en largeur

claudelrodincorrespondance

( Camille Claudel, Correspondance, Paris, Gallimard, « Art et Artistes », 2003. )
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Un commentaire

  1. docteur-raynaut@orange.fr

    Le monde n’a pas changé, on ne parle plus de fou, mais de bipolaires, voire de shizophrène, on ne les enferme plus dans des asiles, mais dans notre incompréhension et parfois notre intolérance. On a pas d’autres moyens de les aider que la chimie, l’amour parfois.

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